La forêt secrète.

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Chacun possède un jardin secret, moi je possède ma foret secrète.
Elle se situe à deux pas de chez moi.
C’est un lieu secret inaccessible. Pour s’y rendre il faut s’équiper de bonnes chaussures, de vieux habits et ne pas craindre les griffes de la nature.
Cette forêt est traversée par des animaux comme les chevreuils, les faisans, les pics épèche.
Cette forêt est comme un ilot perdu
coincé entre deux versants, un cul de sac difficilement identifiable.
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Elle est composée de vieux châtaigners atteints par la maladie de l’encre, de merisiers dégarnis, de chènes centenaires.
Comme tous les lieux cette forêt a une histoire, une mémoire pour qui sait la lire.
ça et là des monticules de terre, des déblais rocheux recouverts par les mousses et les lichens occupent la pente. Ce sont des traces de l’activité minière des siècles derniers : des fendues, des galleries abandonnées, des exploitations miniscules dont il ne reste plus rien si ce n’est ces pierres retournées et délaissées.
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Pourquoi l’appeler « foret secrète » ?
En fait c’est en y amenant les enfants et leurs copains que l’on s’est inventé ce toponyme. il y a « le Pré du Loto » et la « forêt secrète ».
C’est ici que l’on va chercher le houx, le gui ou encore les branches de noisetier.
C’est ici au bord du ruisseau que l’on fait des barrages, que l’on suit les traces des oiseaux.
Mais au fait où se trouve la forêt secrète ?
Ne comptez pas sur moi pour vous révèler le lieu;
C’est notre utopie, notre île déserte au coeur de la ville.
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La nature aux portes de la ville, la nature pas si sauvage que cela car les chevreuils sont là grâce (ou à cause ?) à des chasseurs qui leur ménagent des passages découverts, qui laissent des plants de choux abandonnés pour l’hiver.
D’ailleurs l’autre jour dans la neige d’autres traces de pas témoignaient que cette forêt n’est un secret pour personne.
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« Une carte du monde qui ne comporte pas l’Utopie ne vaut même pas qu’on y jette un coup d’œil, car elle néglige le seul pays où aborde toujours l’humanité. Et, quand elle y aborde, elle regarde autour d’elle, aperçoit une meilleure contrée et fait alors voile. Le progrès est la réalisation des utopies. »

Oscar Wilde

La Vallée des roses

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Qu’y a t-il de commun entre la Vallée des Roses au Maroc et les jardins ouvriers de Michon à St Etienne ?
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Rien à priori puisque l’une est aux portes du désert au pied de l’Atlas le long de la Vallée du Dadès et l’autreaux portes du Massif Central au pied du Pilat le long de la vallée du Furan.
Et pourtant la rose de Damas est présente dans les deux territoires.
J’ai l’habitude de parcourir les jardins ouvriers abandonnés avant qu’ils ne passent sous la pelleteuse des lotisseurs. Je suis à la recherche de plans de roses anciennes, de vieilles pivoines increvables ou de bulbes récalcitrants.
J’avais récupéré lors d’une de mes visites des plans de roses en piètre état et les ai planté dans un coin de mon jardin en attendant la floraison.
Lors d’un voyage au Maroc en Octobre le passionné de roses que je suis ne pouvais louper la Vallée des Roses. Hélas ce n’était pas la saison des fleurs, il ne me restait que la vue d’un rosier buisson peu élégant décharné et fortement piquant.
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Cependant, je tentais de ramener quelques boutures.
C’est en rentrant à St Etienne que je m’aperçu que les rosiers ramassés dans les jardins abandonnés ressemblaient fort à ceux collectés ou photographiés au Maroc.
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Je faisais ainsi le lien entre les marocains anciens mineurs immigrés, possesseurs de jardins et les roses de Damas. Ceci n’est qu’une hypothèse fondée sur le feuillage et les épines.
Il me reste à attendre les floraisons des boutures marocaines et des plants sauvés de la pelleteuse pour faire le lien, comparer et confirmer.
Attendons le mois de Mai.
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« Refuges pour la diversité, constitués par la somme des délaissés, des réserves et des ensembles primaires. Le délaissé procède de l’abandon d’un terrain anciennement exploité. Son origine est multiple : agricole, industrielle, touristique, etc…
délaissé et friche sont synonymes ».

Gilles Clément

Lieu de mémoire

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Ce jardin familial (on disait jardin ouvrier auparavant…)
est assez émouvant.
Coincé sous la ligne à haute tension, derrière le grillage, au bord de la route, à côté du goudron, des gaz d’échappement, on est loin, de l’idée que l’on se fait du jardin.
Ici point de haie séparative (les fameux cypressus…), point de mur de pierre, de barrière en bois,
Au fond les crassiers (les terrils stéphanois).
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Et pourtant.
A y regarder de plus près, il est plein de poésie, de tendresse et d’émotion.
D’abord les crassiers rappellent que nous sommes sur un lieu de la mémoire ouvrière (la ville noire)
que ces crassiers aujourd’hui recouvert ont évolué et que le paysage industriel ou urbain s’est transformé.
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Autour de la cabane de jardin standardisée (fournie par la mairie)
se pressent des objets personnels, une vieille chaise en formica cassée, une table avec une vieille nappe tâchée. Et puis cherchez le numéro 4 sur la porte.
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Ce jardin est tout récent, jadis bord de route banal sous la ligne électrique, composé d’une prairie fauchée une fois l’an, il est devenu un lieu entretenu par quelqu’un, un lieu approprié, même si la propriété reste collective (municipale je suppose). Le grillage le protège des agressions extérieures mais ne le cache pas à la vue des passants.
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En s’approchant un peu plus on est intrigué par un vieux plastique au sol .
Il protège quelques cultures fragiles, aide à lutter contre le froid et à sauvegarder quelques salades ou poireaux des rigueurs de l’hiver.
Sous le plastique de protection ou de la vieille vitre, se blottit un figuier de barbarie.
Il rappelle au jardinier sa terre natale. Chaque jardinier aime à rapporter un peu de chez soi ailleurs, un peu de sa terre maternelle, de ses souvenirs d’enfance.
C’est ainsi que j’ai découvert dans ces jardins en friche, des plans de la rosa damascena (ou damascina) provenant probablememnt de la vallée des roses au Maroc (Kelaa M’gouna).
Mais ça c’est une autre histoire.
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Je vous en reparlerai dans une prochaine note.

Stalag ou stalactite ? « Je faisais des rêves en marchant ».

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Aujourd’hui jour de commémoration,
anniversaire de la libération des camps d’Auschwitz Birkenau.
Le froid « sibérien » recouvre la France.
La température atteint – 8° C.
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J’ai froid et je pense à ceux qui ont eu froid il y a 60 ans.
Un froid indicible, qui vous glace de l’intérieur.
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On ne peut à ce moment là retenir ses frissons, ses contractions musculaires. on ne peut aujourd’hui oublier
on ne peut que se remémorer.
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« Comme tout le monde, mon père et moi, épuisés, nous nous étendîmes dans la neige, mon bras accroché au sien, décidés à ne pas nous endormir. Mais je m’endormis : mon père me réveilla. La minute d’après, je me rendormis à nouveau. C’était reposant, doux et réconfortant de dormir, de rêver dans la neige. Là encore, c’est mon père qui me réveilla. C’est à lui, à mon malheureux père, déjà affaibli, meurtri, que je devais de pouvoir me mettre debout. Et de marcher jusqu’à Gleiwitz.
Scènes d’enfer, sensation d’évoluer dans un univers irréel. Je dormais en marchant, je faisais des rêves fous en courant. Si l’on vous dit que cela est impossible, citez donc nos témoignages : cette nuit-là, nous avions dormi, oui, dormi en marchant, en courant. Peut-être la planète entière courait-elle, non pas avec nous mais comme nous dans le lieu maudit que nous venions de quitter, chacun à sa façon, chacun traînant sa solitude, son destin, tout en participant au destin collectif. Dans ma mémoire cette marche d’hallucinés dans la neige continue encore ».

Elie wiesel. 27/01/05
La marche des morts-vivants

Alors pour rêver, pour admirer et chercher dans chaque instant un peu de réconfort et d’ailleurs, je vous propose cette série glacée. Au gré de la lumière qui va et vient…
version 1 Mo
Download skyline.mov

version 2,4 Mo (super bonus ! ) Download skyline3.mov

Ces stalagtites (pardon ces stalactites) devenues stalacmites prennent une dimension énigmatique et portent nos pensées vers le haut, vers le gris du ciel, dans le froid de l’hiver 2005 en se souvenant du froid de l’hiver 45.

PS : Les stalags sont des camps de prisonniers de guerre, les camps de concentration, les camps d’extermination sont une autre chose.

Restau du Coeur

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Opération grand froid alerte orange ou rouge (ça dépend des oiseaux),
hier j’ai rechargé les provisions, fait un tour dans la banque alimentaire
accroché au vu de tous quelques boules de graisse.
Ce fut la ruée.
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Le problème c’est de les prendre en photo
Tant qu’on est derrière la vitre, ils se massent, se disputent, jacassent.

Dès que je sors pour en prendre un,
dispersion générale.
Alors je patiente, je me déguise en bouleau,
je me recouvre de neige,
me bourre les oreilles avec des branches mortes et je ne bouge plus pendant deux heures.
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Quand je prends la photo je n’ai plus de batterie,
ou j’ai un décalage (la joie du numérique !) et l’oiseau s’est envolé.
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Dernier déagrément l’autofocus ne comprend rien,
il pense que je veux photographier les branches et le ciel.
c’est comme mes photos du Mont-Blanc
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Résultat c’est flou une fois sur deux.

PS : pour les identifier : un excellent site

Vision nocturne

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Il est des moments où la lumière est magique;
hier soir la neige ne cessait de tomber.
Sous les nuages, c’était la pleine lune.
Un silence feutré enveloppait les alentours, la ville se taisait.
Cette lumière rose orangé annonce des chutes de neige sous un froid glacial.
La température est descendue à -6° C
La couche atteint maintenant 21 cm.
Le vent du nord souffle, les congères se forment…
BRRRRRRR….

pour en voir plus cliquerDownload nocturne.mov

Ps : Aujourd’hui je suis en tête des blogs recommandés par les lecteurs
merci à tous.
Si je peux vous apporter trente secondes de bonheur fugitif,
et vous permettre de regarder autour de vous avec un autre oeil,
c’est tant mieux.

Dessous de table

Dscn1782vigilance jaune, juste avant l’orange…
5 malheureux centimètres de neige portés par un vent de nord.
Face aux aléas, notre société est elle surprotégée ?
en tout cas Miou (c’est son nom) aime bien cette place. Elle peut observer à l’abri les oiseaux ou autres visiteurs du jardin.

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Avant hier j’étais à la Grave, je suis retourné voir la grotte de glace.
La glace a fondu, la cavité s’est modifiée, la neige est très peu abondante,
le glacier recule, la langue terminale s’est séparée du reste du glacier de pente.
La neige est une calamitié pour certains, une ressource pour les autres.
Hier elle était maudite, aujourd’hui c’est son absence qui est déplorée ici, sa présence qui est redoutée là.
Et après cela qu’on ne vienne pas me parler de déterminisme. En géographie le terme est tabou.
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Et pourtant un hiver sans neige ce n’est pas un vrai hiver.
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Alors aujourd’hui il neige et c’est tant mieux.

Je complète ma note quelques trente minutes après une tentative avortée de joindre mon cabinet dentaire.
Il est 18 h et la ville est paralysée. Sortie du boulot (concentration des flux), chute de neige (10 cm par endroit) -4°C, un peu de vent (aléa naturel) pour les congères et le tour est joué. On est planté dans sa voiture.Dscn1789_1

Alors je bats ma coulpe, Météo France fait peut-être bien d’émettre des avis de vigilance. j’en connais qui ne sont pas encore chez eux, je les vois de ma fenêtre bloqués sur les rocades périphériques qui ceinturent la ville de saint Etienne.

Nains de jardin 7

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Il est des nains plus grands que d’autres.
Certains sont en marbre
ils habitent un jardin prestigieux
et incitent à la rêverie.
Celui ci joue de la flûte,
il est à Versailles.
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Si la visite du jardin vous intéresse voici les écrits d’un fin connaisseur :
« On ira droit au point de vue du bas de Latonne, et en passant on regardera la petite fontaine du satire qui est dans un des bosquets. Quand on sera au point de veüe, on y fera une pause pour considérer les rampes, les vases, les statues, les Lésars, Latonne et le chasteau ; de l’autre costé, l’allée royalle, l’Apollon, le canal, les gerbes des bosquets, Flore, Saturne, à droit Cérès, à gauche Bachus ».
Louis XIV : Manière de montrer tes jardins de Versailles

paysages marocains 1

Aujourd’hui jour de grisaille,
je puise dans la photothèque à la recherche de couleurs, de soleil, de souvenirs…
Je tombe sur une série prise au Jardin Majorelle à Marrakech.
Racheté par Yves Saint-Laurent et géré aujourd’hui par une association,
l’entretien est irréprochable.
La peinture est repassée afin d’atteindre ce bleu si profond et si particulier qui fait que l’on identifie immédiatement le lieu.
Il est unique.
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Le jardin est coupé en une partie sèche (les cactées),
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et une partie irriguée (les bambous, les palmiers).
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Mais ce qui donne la touche ultime c’est la maison dans un style années trente
qui rappelle Mallet Stevens.
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Pour plus de détails :Download _jardin_majorelle.mov