Le jardin Vivienne de la BNF

Un jardin récent à Paris

Un mélange de brique et de pierre au sol pour assurer la transition vers le perron. Photo F Arnal 2025

La Bibliothèque Nationale de France occupe deux sites dans Paris. Celui de la rue richelieu au nord du Musée du Louvre et du Jardin du Palais Royal est le plus ancien, occupé depuis le XVII° siècle, et le site François Mitterrand à l’Est de la capitale. Depuis une quinzaine d’années des travaux de restauration et de transformation sont réalisés sur le Site Richelieu afin de faire cohabiter  quelques départements de la BNF, l’École des Chartes et l’Institut National d’histoire de l’art.

En 2023 a été inauguré la jardin de la rue Vivienne qui constitue une des deux entrées publiques de la BNF.

Les bancs de pierre au pied des vases Médicis restaurés. Photo F Arnal 2025

Le jardin en été ( Juillet 2025) Photo F Arnal

En 2025, ce jardin conçu par l’agence de paysagisme « Tout se transforme » sur une idée générale de Gilles Clément artiste jardinier, a atteint sa maturité. Je l’ai visité en juillet et ce fut un coup de cœur pour cet ilot de fraîcheur dans ce quartier très minéralisé.

Hortus papyrifer – le jardin papyrifère

Hortus papyrifer – le jardin papyrifère –, est un jardin-œuvre d’art. C’est un nouveau jardin sur le site Richelieu, un espace vert de 1 900 m². Il est conçu par l’architecte du patrimoine Mirabelle Croizier et le paysagiste Antoine Quenardel, avec l’artiste, jardinier et écrivain Gilles Clément. Les espèces choisies pour le peupler sont des plantes qui interviennent dans l’élaboration de supports d’écriture.

Le jardin en été ( Juillet 2025) Calamagrostis Karl Foester . Photo F Arnal

les origines du jardin :

Un jardin primitif existait du temps de Mazarin, il occupait l’emplacement actuel à côté du Palais Mazarin. C’était un jardin classique « à la française » en 4 quartiers avec des parterres de buis en broderie.

Plan de la bibliothèque du roi à la fin du XVII° s. Dans Léon Laborde, le Palais Mazarin et les grandes habitations de ville et de campagne au XVII° s, Paris A. Franck ; 1846. BNF

Au milieu du XVIII° siècle, ce jardin a disparu et le bâtiment accueille la bibliothèque Royale, la Bourse et la Compagnie des Indes. Un jardin nommé Préau de la Bourse le remplace composé d’un mail d’arbres réguliers (un quinconce : couvert arboré destiné à la promenade constitué de plusieurs arbres d’ornement de haute tige plantés régulièrement).

Jean François blondel, Plan du rez-de-chaussée de la Bibliothèque Royale, de la bourse et de la Compagnie des Indes. 1754 BNF

Le Jardin Labrouste :

Le couvert arboré sera remplacé au XIXe siècle par un nouveau jardin conçu par l’architecte Henri Labrouste à partir de 1850 alors que la Bibliothèque est totalement repensée. Ce jardin occupe l’emplacement actuel le long de la rue Vivienne. L’espace est structuré par un plan en croix avec au centre une fontaine surplombant un bassin central circulaire. Des ornements classiques sont disposés régulièrement (vases Médicis, Pots à feu en pierre et grille en ferronnerie le long de la rue).

Henri Labrouste, bibliothèque Impériale. Plan général du rez-de-chaussée. 1868 BNF

Le Palais Mazarin en 1857. (BNF)
 

Les parterres de gazon agrémentés de fleurs et de rosiers seront complétés par des plantations d’arbres d’ornement (Marronniers d’Inde). Les façades de brique et de pierre sont bien visibles et seront progressivement masquées par la croissance des arbres. Ce jardin va peu à peu être délaissé et sera remplacé par une cour gravillonnée, la fontaine ne sera plus en eau  et accueillera des fleurs. Les marronniers à force de taille sévère destructrice sont malades. Lorsque le projet de réhabilitation de la BNF voit le jour avec l’atelier architectural Gaudin, l’idée d’un jardin traversant ouvert au public est maintenue. Ce lieu devait être calme et verdoyant faisant dialoguer les façades néo-classiques et proposant un échange entre le passé hérité et le futur.

le jardin Labrouste au XIX°s.

Un nouveau jardin pour la BNF Richelieu

Les anémones du Japon. Photo F Arnal 2025

En 2019, un concours est lancé afin de redonner vie et sens à ce jardin.

Le jardin a été commandé au titre du 1 % artistique en 2019 à l’agence Tout se transforme (architecte & paysagiste) et Gilles Clément (artiste-jardinier). 

Ce jardin s’inscrit dans la continuité architecturale formulée et mise en œuvre par l’agence Bruno Gaudin Architectes. Son ambition est d’ouvrir la Bibliothèque sur l’extérieur, en révélant la relation entre le « dedans » et le « dehors » de l’institution multiséculaire.

Alstromères et bananier du Japon (Musa basjoo). Photo F Arnal 2025

L’idée fondatrice est de faire le lien avec le papier, invention prodigieuse et universelle qui sert de support à l’écriture et au livre. Ce jardin se nommera « Hortus papyrifer (le jardin de papier). Les essences sélectionnées pour la strate arbustive ou herbacée seront en lien avec la fabrication du papier. Les noms latins comportent d’ailleurs souvent le terme « papyrifera ». « Liber », partie vivante de l’écorce sur laquelle on écrivait, a donné le mot livre.

 Les essences sélectionnées :

Extrait de la conférence de présentation du jardin à la BNF (2023) Mirabelle Croizier et Antoine Quenardel

Les colonnes de lumière en métal diffusent la nuit une lumière tamisée et reprennent la la calligraphie des briques au sol. Conception lumière, Agence ON. Photo F Arnal 2025

Les principales essences :

Broussonetia papyrifera (Mûrier à papier), Fargesia papyrifera (Bambou cespiteux non traçant), Tetrapanax papyrifera (Aralie à papier de Chine), Edgeworthia papyrifera (Buisson à papier), Betula papyrifera (Bouleau à papier), Cyperus papyrus (Papyrus)… une sélection de plantes papyrifères qui sont connues pour intervenir dans l’élaboration de supports d’écriture et d’impression côtoient végétaux (Palmier de Chine, Bananier du Japon…), eux-mêmes supports d’écriture et d’impression et petits arbres à écorce de papier (Prunus serrula, Cerisier du Tibet, Pinus bungeana, Pin Napoléon).) afin de constituer une palette végétale très symbolique. Lorsque la palette végétale est incompatible avec le climat parisien, leurs équivalents adaptés au climat tempéré sont utilisés comme le palmier chanvre (Trachycarpus fortunei) ou le bananier du Japon (Musa basjoo).

Exubérance végétale au pied des palmiers. Photo F Arnal 2025

Afin de donner une cohérence paysagère aux massifs des poacées sont sélectionnées (Stipa Tenuissima et Calamagrostis Karl Foester) ainsi que des variétés de papyrus résistantes au gel. Des gauras ou des érigerons viennent compléter l’ensemble.

L’ilot central n’a pas pu être remis en fontaine comme dans le jardin initial. Photo F Arnal 2025

Le jardin de papier

« Une bibliothèque, quelle que soit son origine, est un assemblage de mémoires fixées sur des supports dont le papier constitue peut-être l’invention la plus prodigieuse et universelle. Il est le résultat d’un savant procédé au cours duquel les tissus des arbres et des herbes, leurs fibres, sont transformés en une pâte à fabriquer des pages dont l’assemblage peut devenir un livre. Liber, partie vivante de l’écorce, sur laquelle on écrivait autrefois, a donné le mot livre. Si dans les rayonnages de ses magasins, à l’intérieur de ses murs, la Bibliothèque nationale de France renferme un jardin de papier insoupçonné, Hortus papyrifer met en scène un florilège végétal de possibles livres ».  M Croizier et A Quenardel

L’ilot central avec l’ancienne fontaine réaménagée. Photo F Arnal (2025)

« Ce jardin s’inscrit dans la continuité architecturale formulée et mise en œuvre par l’agence Bruno Gaudin Architectes. Son ambition est d’ouvrir la Bibliothèque sur l’extérieur, en révélant la relation entre le « dedans » et le « dehors » de l’institution multiséculaire. Il s’agissait également de retrouver des continuités écologiques dans le quartier ».

Source https://www.bnf.fr/fr/le-jardin-vivienne

Le jardin lui-même est considéré comme l’œuvre d’art

Des chambres de lecture sur les bancs de pierre au coeur de la végétation. Photo F Arnal (2025)

« Le jardin est une forme artistique et culturelle à part entière. Et pourtant il est conçu avec la nature, sa matière première. C’est son paradoxe » .

Source : Mirabelle Croizier, in Inventer le Jardin de l’antiquité à nos jours. Gilles Clément, Monique Mosser Mirabelle Croizier et Antoine Quenardel Seuil BNF2024

Illustration © Arnaud Madélénat, Projet pour le jardin Vivienne, vue sur le bassin et la façade Nord du jardin, 2019, dessin à l’acrylique avec rehauts au crayon de couleur. BNF. Extrait de la conférence de présentation du jardin à la BNF (2023) Mirabelle Croizier et Antoine Quenardel (Screenshot)

Au lieu de proposer une œuvre d’art dans le cadre du 1 % artistique (du coût prévisionnel des travaux sur les édifices publics) l’équipe conduite par Gilles Clément a imaginé que le jardin lui-même serait l’œuvre d’art. La spécificité du projet de A Quenardel et Mirabelle Croizier a consisté à s’inspirer du tracé existant datant de Labrouste tout en le réinterprétant et en tenant compte des usages attendus de ce jardin (entrée avec poste de sécurité, lieux de repos, de lecture (salles vertes) sur les bancs, et lieu de déambulation sous la fraîcheur des arbres. Le travail du sol a consisté à utiliser la brique et le pierre en rappel des façades.

La brique est poreuse et laisse pousser dans les interstices des herbes rases. Les allées principales sont plus larges et les secondaires plus sinueuses et plus étroites. Le terrain a été modèle afin d’accentuer l’effet de foisonnement. . Jean François Salle a restauré les sculptures et les vases, l’agence ON a travaillé les éclairages et la conception de mats métalliques ajourés  tailles différentes et un motif ajouré rappelant le dispositif au sol.

Les briques de la façade de la galerie sont reprises au sol. Photo F Arnal (2025)

Les bancs sont en pierre d’Euville et les briques ont été sélectionnées dans la briqueterie De Wulf à Beauvais. L’aspect irrégulier et polychrome était recherché. Les règles d’urbanisme exigeaient la porosité du sol.

Betula papyrifera (Bouleau à papier) Photo F Arnal 2025

Les bornes en pierre disparaissent sous les graminées (Penisetum). Photo F Arnal 2025

Des grands pots carrés en terre cuite ont été confectionnés sur mesure à Vienne accueillant des Hydrangea papyrifera. Une mise à distance des visiteurs s’effectue par un discret cordage monté sur des piquets métalliques. Des bornes en pierre avec une plaque de laiton gravé renseignent le nom des espèces.

Un équilibre assez réussi entre l’élégance classique des bâtiments et l’exubérance d’un jardin somme toute assez récent. Photo F Arnal 2025

Le chantier

Chantier emblématique du patrimoine français, les travaux de la Bibliothèque nationale de France auront duré 12 ans. La livraison du jardin réalisé par MUGO marque la fin de la réhabilitation du site Richelieu, berceau historique de la Bibliothèque nationale de France et site majeur du Ministère de la Culture. Il a été réalisé en moins de 6 mois par le Groupe MUGO faisant intervenir 40 compagnons (jardiniers, maçons…).

Extrait de la conférence de présentation du jardin à la BNF (2023) Mirabelle Croizier et Antoine Quenardel

Afin de respecter les périodes de plantation (entre novembre et avril) et s’adapter aux impératifs d’ouverture au public du site en septembre 2022, le jardin a été conçu pour être livré en deux temps. La première étape, de décembre 2021 à septembre 2022, a consisté à créer les allées et l’éclairage, planter les arbres et refaire l’étanchéité du bassin. Cette étape a aussi inclus un travail inspiré par l’agroécologie : une prairie provisoire incluant des engrais verts à été semée, pour contribuer à fertiliser le sol et permettre à la vie de s’y rétablir. 

Façade de l’entrée Vivienne. Photo F Arnal 2025

La seconde étape a eu lieu à l’automne 2022, pour respecter la saisonnalité des plantations. Ont alors été introduits les plantes et arbustes définitifs, y compris les essences aquatiques placées dans le bassin remis en eau.

Penisetum, euphorbe characias, hydrangea, rosier, Palmier de Chine et aralia à papier de Chine (Tetrapanax papyrifera). photo F Arnal 2025

Les sols qui étaient engazonnés (donc en terre) dans le jardin Vivienne sont recouverts d’une couche de graviers depuis la fin des années 1970, transformant le jardin en cour minérale. Cette terre, malmenée depuis longtemps, était inerte. La majeure partie de la biodiversité contenue dans la terre (les célèbres vers de terres mais aussi tous les micro-organismes invisibles à l’œil nu, etc.) qui fait qu’un sol est vivant avait disparu en raison des conditions d’occupation du site depuis plusieurs années. 

Photo F Arnal 2025

Sources :

Site Internet de la BNF : https://www.bnf.fr/fr/le-jardin-vivienne

Captation vidéo de la Conférence de présentation du jardin à la BNF (2023) Mirabelle Croizier et Antoine Quenardel.

Inventer le Jardin de l’antiquité à nos jours. Gilles Clément, Monique Mosser Mirabelle Croizier et Antoine Quenardel Seuil BNF2024

Serre de la madone : visite d’un jardin méditerranéen remarquable. 3° partie

III Un parcours ascendant à travers les restanques :

1) Un jardin exotique en terrasses.

Photo F Arnal 2019
La partie centrale du jardin et ses restanques.

Un terrain escarpé en terrasses

Situé sur un terrain escarpé en terrasses, le jardin de la Serre de la Madone possède différents édifices bâtis : la villa principale, la villa d’accueil, un ensemble de petits édifices à vocation de jardinage (serre froide ou serre chaude), des éléments de statuaire, des fontaines et bassins, ainsi que de nombreuses ornementations. Tous ces édifices bâtis trouvent leur valeur architecturale en tant qu’éléments de l’ensemble paysager du jardin : chaque élément, bâti ou naturel, a une place importante dans la composition d’ensemble du jardin. Dès sa conception, aucune séparation n’était prévue entre le bâti et le non-bâti : la maison fait partie du jardin, elle est le jardin aussi. Cela est particulièrement remarquable avec le jeu de perspective entre la maison principale et le grand escalier.

Photo F Arnal 2019
la maison de l’accueil

La reconstitution du domaine et de ses particularités se veut fidèle à  l’esprit et à la forme qu’avait  imaginés notre « gentleman-gardener », avec notamment l’utilisation des matériaux régionaux d’origine (chaux, tuf, galets).

Photo F Arnal 2019
Le jardin japonais qui aurait du disparaître sur les premières propositions de rénovation de 1992.

Le jardin japonais créé par le successeur de Lawrence Johnston ( Mr Bering) fut conservé et restructuré parce qu’il est le témoin de l’histoire de ce jardin. Le jardin mauresque dans la partie haute faisait partie à l’origine d’un ensemble avec volière qui fut emporté par une coulée de boue dans les années 50. La rocaille en tuf avait été ensevelie sous la boue et fut dégagée à la main par les jardiniers dans le cadre de la restauration. Pour Johnston ce jardin était à l’image du paradis terrestre (comme les jardins andalous d’ailleurs) avec un parcours initiatique de l’homme vers le paradis terrestre suivant sa course à travers le végétal. De nombreux espaces secrets se découvrent au cours de la visite qui se pratique avec sérendipité.

Photo F Arnal 2019
Le grand bassin restauré dans lequel se reflète le ciel de Provence et le jardin alentour.

Les réseau hydraulique, clé de la réussite d’un jardin méditerranéen
Le jardin des serres de la Madone a jadis été créé sur des terres agricoles richement pourvues en eau. En effet, les témoignages des Anciens et une étude hydraulique
récente, confirme la présence d’au moins quatre sources situées en partie haute de la propriété. Ces sources captées, étaient récupérées dans 14 citernes, et 2 bassins de plantes aquatiques dont l’un avait été transformé en piscine.

Photo F Arnal 2019
Fougère arborescente, Dicksonia antartica originaire de Nouvelle Zélande.

L’identité de ce jardin est dans son calme et sa tranquillité, rien ne doit perturber le visiteur.

Un jardin exotique qui préfigure le « jardin planétaire ».

Un tiers du site est occupé par une flore exotique ; les 2/3 restants constituant une forêt méditerranéenne entrecoupée de terrasses d’anciennes cultures traditionnelles locales d’Oliviers.

Photo F Arnal 2019
La famille des Protéacées, ou Proteaceae en Latin, Ce sont des arbres et des arbustes, (quelques plantes herbacées), généralement des zones arides, à feuilles persistantes, des régions tempérées, sub-tropicales à tropicales, principalement dans l’hémisphère sud.

Une collection remarquable de protéacées originaires d’Afrique du Sud (Leucadendron Safari Sunset) ou d’Australie (Banksia prionotes) occupe la partie autour de l’escalier central. Cet escalier constitue l’axe central de la composition et distribue de nombreuses terrasses sur lesquelles sont plantées les protéacées.

Photo F Arnal 2019

Serre de la Madone est un des rares jardins de la Méditerranée française (avec le Rayol ) à présenter une telle diversité de protéacées dont les fleurs peuvent constituer de larges corolles.

Photo F Arnal 2019
Banksia integrifolia, Famille  : Proteacées, Origine  : Australie

Lawrence Johnston Laurence était passionné par la botanique et l’architecture de 1924 à 1939 il va acquérir 7 ha de terrasses agricoles et voisines sur la Sierra de la Madona (le nom de la colline). Le mot « serre » vient de « sierra »,  la montagne. Il entreprend la création de son paradis terrestre là où poussaient oliviers et agrumes : un jardin exotique à l’architecture paysagère unique entre parenthèses dans la juxtaposition des différents espaces clos appelés « chambres vertes »). Il ramena des plantes de ses voyages dans le  monde entier (Afrique du sud particulièrement).

Photo F Arnal 2019
Dans le jardin aride : des couleurs vives au cour de l’hiver.

Il les disposa savamment afin de mettre en valeur les bassins les escaliers évoluent, les fontaines, les serres ou les différentes statues. La constitution du jardin Serre de la Madone s’est faite en plusieurs étapes entre 1924 et 1939. A l’instar de son précédent jardin de Hidcote (1907), Johnston achète des parcelles agrestes dont l’occupation et les aménagements témoignent de l’activité horticole de la région et plus précisément du Val de Gorbio dans lequel elles se situent.

Photo F Arnal 2019
Yucca gigantea, ou Yucca géant, est une espèce de plantes arbustives de la famille des Asparagaceae, sous-famille des Agavoideae. Elle est caractérisée par son tronc en forme de patte d’éléphant.

Au XIXème siècle, à la faveur du microclimat mentonnais, des botanistes, notamment anglais, introduisirent des espèces tropicales et subtropicales et composèrent les harmonies végétales originales qui font aujourd’hui de Menton une serre à ciel ouvert.

Photo F Arnal 2019
le début de l’escalier central

Les inventions de villes d’hiver

« Le phénomène –l’hiver dans le Midi- a été toujours localisé. Le décrire, c’est montrer des créations de lieux, des extensions de stations…mais aussi le caractère toujours élitiste de la clientèle, la tonalité britannique. Les préférences de lieux sont présentées comme objective ; la suprématie du climat, la possibilité d’une végétation plus exotique, la qualité thérapeutique du lieu sont invoquées. En 1850, il n’y avait pas d’hivernants à Menton ; en 1862, on compte trois cents familles d’hivernants et en 1869, plus de mille. Après 1870, tous les Guides vont répétant que Menton est le séjour d’hiver le plus parfait »

Colloque : Menton une exception azuréenne ou 150 ans d’histoire du tourisme (1861-2011). (Organisé le 20 mai 2011 par le CEHTAM. CEHTAM est une association créée en 2004 par des professeurs du Lycée hôtelier Paul Augier de Nice et des professionnels du tourisme pour faire un travail de mémoire et de valorisation à propos du riche passé touristique de la Côte d’Azur).

LA GRANDE SAISON D’HIVER DANS LE MIDI FIN XVIIIe- DEBUT XXe. MENTON, « LE SEJOUR LE PLUS PARFAIT ». Marc Boyer

« Un jardin sauvage dans un cadre formel » Lawrence Johnston.

Il n’a pas lésiné sur les moyens, une vingtaine de maçons ont travaillé durant plusieurs années pour aménager toutes les terrasses avec leurs murets de pierre.

  1. Les étapes de l’aménagement du jardin de Serre de la Madone :


Deux grandes étapes peuvent être distinguées :
– La première, à partir de 1924, comprend l’acquisition et l’aménagement des parcelles inférieures de la propriété actuelle, comprenant plusieurs petites maisons d’habitation. La topographie de ces terrasses ne sera globalement pas modifiée.
– La deuxième, à partir de 1930, consiste en l’acquisition de l’actuelle maison principale et des terrasses qui l’entourent.

Extrait de « Jardins de la Côte d’Azur » de Emest J.P. BOURSIER-MOUGENOT et
Michel RACINE. Edisud – Arpej Parution : 01/01/2000

Après la mort de Lawrence Johnston en 1958, à la Serre de la Madone, sa légataire, Nancy Lindsay mit à la disposition du jardin botanique de Cambridge, qu’avait fréquenté Lawrence Johnson pendant ses années universitaires, les plantes rares du domaine et dispersa les sculptures et les grandes poteries de l’orangerie.

Vers 1960, le troisième propriétaire du domaine Mr Bering, transforma l’un des
miroirs d’eau en piscine, Il ajouta un petit « jardin japonais »et une aire de
stationnement près de la maison. L’avant-dernier propriétaire, le Comte Jacques Wurstemberger, a maintenu le jardin jusqu’en 1986, date de la
dernière vente connue.

Photo F Arnal 2019

Réutilisant les techniques locales dans un climat aux précipitations abondantes mais peu nombreuses, Johnston maîtrise l’économie de l’eau dont seul l’excès inutilisable est évacué hors du jardin. L’irrigation gravitaire est judicieusement conduite comme dans de nombreux jardins méditerranéens.

Les différents inventaires botaniques ont montré la richesse extraordinaire du jardin. Les traces actuelles sont extrêmement nombreuses et témoignent des potentialités remarquables du site. L’analyse des différents espaces a révélé l’importance de la végétation indigène préexistante, oliviers ou agrumes, volontairement conservée par Johnston dans certaines terrasses, et enrichies des nombreuses introductions postérieures à ses voyages.

Photo F Arnal 2019
Le Yucca gigantea


La partie supérieure du jardin, située au-dessus des maisons, présente également de nombreuses traces d’aménagements : cheminements, bassins, plantations, systèmes de drainage des eaux, qui témoignent dans leur sobriété relative d’une volonté d’aménagement global du lieu par Johnston. Il semble que le jardin connaisse son « apogée » avant la seconde guerre mondiale. Peu de changements interviennent après le retour de Johnston.

Photo F Arnal 2019
la serre froide

La Serre Froide et la bas du jardin (partie Sud Est): précédée par deux immenses palmiers (Whashingtonia robusta), la serre froide sert de toile de fond à ce jardin. Autrefois couverte par des vitres afin de conserver la chaleur naturelle du soleil, elle a servi d’acclimatation pour les plantes rapportées lors des expéditions botaniques.

Photo F Arnal 2019
helleborus niger

La mise en scène se complète par un bassin rond, une fontaine et des piliers au pied desquelles sont palissés des bignones. En hiver à l’entrée de ce jardin le parfum superbe d’Osmanthus fragrans vous interpelle. Cette partie du jardin surprend le visiteur par son aspect sauvage à la végétation enchevêtrée. Quelques cycas et yuccas émergent au milieu des couvre sols variés (helleborus niger), Le sol est couvert par des Iris japonica en fleur au début du printemps puis par les hémérocalles au début de l’été.

Photo F Arnal 2019
La pergola

La pergola principale : traversant le bas du jardin dans toute sa largeur cette promenade ombragé était planté dans les années 30 de clématites, de glycines et de bignones, grimpante qui sont revenus on est chacun de ses piliers en pierre surmontés de travées en bois.

Photo F Arnal 2019
Le boulingrin

Le boulingrin (de l’anglais bowling green),  fait référence au terrain gazonné sur lequel le jeu de boules originaire d’Angleterre est pratiqué. Reflet des modes paysagère anglo-saxonne, cette partie du jardin était autre fois une roseraie bordée d’une elle est délimitée par des buis aux effets labyrinthiques. Aujourd’hui cette espace plat est rempli de Franckenia laevis qui fleurissent en été.

Photo F Arnal 2019
Vue au dessus de la pergola

Au dessus du boulingrin, une  allée ombragé bordée de pivoines arbustives nous conduit vers un buste romain représentant Auguste César est une femme fontaine marquant chaque extrémité. Cette partie du jardin possède de magnifiques mimosas et le Mahonia siamensis acclimaté ici.

Photo F Arnal 2019

Le jardin aride : La terrasse qui surplombe ce jardin de succulentes est ponctuée de piliers, vestiges d’une ancienne ombrière. Les yuccas  et les cycas  ponctuent les étapes de la visite de ce jardin sec.


La rampe d’accès :

Le long de cette rampe d’accès on découvre de magnifiques essences qui font l’originalité et la qualité de ce jardin : le chêne tropical de l’Himalaya dont la feuille n’a rien d’une feuille de chêne, les deux immenses Podocarpus aux fines feuilles en faucille et à l’ombre épaisse, les deux Washingtonia filifera, le grand Magnolia delavayi du Yunnan et enfin l’exceptionnelle Nolina du Mexique.

Photo F Arnal 2019
Le long du chemin d’accès

Près de huit cents arbres sont recensés avec, parmi les plus remarquables, deux Washingtonia robusta qui annoncent la serre froide, un magnifique Magnolia delavayii dans le jardin de rocaille ou un figuier sycomore, Ficus sycomorus, arbre biblique qui est sans doute l’un des premiers arbres fruitiers domestiqués dans l’Egypte ancienne. Un inventaire botanique est entrepris, révélant l’extrême richesse de ce jardin abandonné au temps. Car Lawrence Johnston ne laissera jamais d’écrit ni de listes de plantes et ses sources botaniques resteront secrètes.

Le Centre de la Composition

Photo F Arnal 2019
La serre chaude (ou orangerie) en arrière d’un ancien bassin de nage restauré à l’identique.

Le jardin aux platanes correspond au niveau inférieur des pièces d’eau principales. Composé d’un jardin à la française encadré de topiaires de buis, quatre platanes ponctuent les quatre carrés avec un petit bassin en rond central, les carrés de buis sont fleuris de tulipes ou de pervenches (vinca major et minor).

Photo F Arnal 2019
La Serre chaude

La serre chaude : Au dessus des platanes à la perpendiculaire de la pente a été construite une serre chaude, ancienne orangerie. Elle abrite des plantes tropicales notamment des lianes de thumbergia grandiflora et coccinea ainsi que des strelitzias (Strelitzia reginae). Il y règne une ambiance feutrée.

Photo F Arnal 2019
L’intérieur de la serre chaude

A l’ombre de trois immenses pins parasols deux pièces d’eau se déploient. L’une la plus grande jouxte la serre chaude et constitue un bassin de baignade dans les années 70. Il a retrouvé son aspect d’origine, bordé de murets arrondis et peuplé de nymphéas ou de jacinthes d’eau. Des vases d’Anduze en terre cuite encadrent le grand bassin.

Photo F Arnal 2019
La statue de Vénus encadrée par les papyrus

Le petit bassin est dominé par la statue de Vénus. Pour certains auteurs (JC Ivan Yarmola, architecte des monuments historiques), il s’agirait de la statue de Flore (Déesse des fleurs, des jardins, du printemps et de la fécondité dans la mythologie, Flore (ou Flora) fut une divinité vénérée par les Romains. On organisait en son honneur de grands jeux floraux afin qu’elle offre au peuple de bonnes récoltes pour l’année) encadrée de papyrus. La présence de la coquille fait pencher l’interprétation vers Vénus (ce qui est mentionné dans le plan officiel actuel). Les photos anciennes témoignent de la présence de pergolas ou de teillages en bois en arrière plan.

Photo F Arnal 2019
Le grand bassin et ses vases d’Anduze.

Dans le jardin d’eau, coiffant la statue de Vénus, les papyrus sont accompagnés de nymphéas exotiques et de jacinthes d’eau. Ailleurs, on découvre les fameux lotus, Nelumbo nucifera.

Photo F Arnal 2019
Les deux principaux bassins

L’escalier central conduit le visiteur vers la villa. C’est l’axe central de la composition de Johnston, celui qui offre une perspective ascendante. Il permet au visiteur de poursuivre son ascension et de découvrir dans les terrasses latérales la collection de protéacées originaires d’Afrique australe.

Photo F Arnal 2019
La maison ocre safran aux allures de villa italienne

La Villa : La maison ocre safran aux allures de villa italienne se détache sur un fond végétal foisonnant. La partie centrale de la demeure, à l’origine une ferme, existait à l’arrivée du major. Pour la rendre plus confortable, le major fait construire deux pavillons qui l’entourent et dont il dessine lui-même les plans. Ouverte sur le jardin, la maison se prolonge par des terrasses qui s’imposent comme la continuité des pièces de la villa.

Photo F Arnal 2019
La cour du mandarinier

Ce petit « palazzo » rappelle les demeures italiennes par ses teintes ocre jaune. Les salles de la partie basse sont ouvertes au public et constituent un lieu d’exposition.. A l‘étage figurent les bureaux administratifs, la bibliothèque et la chambre d’origine de LJ.

La cour du mandarinier représente un niveau inférieur. Le mandarinier d’origine trop âgé a été remplacé et le sol est recouverte d’une calade de galets, typique des places de Provence ou de Ligurie.

Photo F Arnal 2019
Le Jardin d’ Inspiration Mauresque


Le Jardin d’ Inspiration Mauresque

Le jardin hispano-mauresque rappelle les jardins de l’Alhambra à Grenade par son miroir d’eau d’où émergent quelques jets d’eau  discrets, avec la loggia décorée d’azulejos, le bassin et ses jets d’eau, le pigeonnier et les haies de myrte comme à Grenade ou à Séville. Ce lieu invite au dépaysement et à la rêverie. Situé au sommet du jardin c’est un lieu très calme qui récompense le visiteur après la montée des escaliers.

Photo F Arnal 2019
Le bassin d’inspiration arabo-andalouse et ses haies de myrte.

Il est surmonté par le bois. C’est la partie supérieure, la plus sauvage, qui assure une transition avec la forêt environnante. Jadis une grande volière comportait des oiseaux de collection (ibis, perroquets, grues couronnées, faisans dorés). Une coulée de boue emporta cette volière et une partie du jardin supérieur que l’on reconstitua avec les travaux de rénovation dans les années 90.

Photo F Arnal 2019
le bois jardiné dominant le jardin

Le bois jardiné n’était pas accessible, des sentiers montent jusqu’au sommet de la propriété.

Photo F Arnal 2019
Le belvédère est recouvert d’une glycine

Le Belvédère : De forme arrondie, le belvédère est recouvert d’une glycine taillée rigoureusement  en Février. Il permet de découvrir en aval une vue du jardin et en face de lui la campagne environnante hélas maintenant gagnée par l’urbanisation.

Photo F Arnal 2019
Le paysage alentour depuis la maison

Casa Rocca : le jardin de la Casa Rocca se découvre en cheminant derrière la maison jaune tapissée par  des Pyrostegia venusta  ou  Bignonia ignea orange… La liane aurore (Pyrostegia venusta), également parfois appelée liane de feu est une liane de la famille des Bignoniaceae originaire du Brésil, à floraison spectaculaire, cultivée dans les jardins des régions tropicales.

Photo F Arnal 2019

 Le passage sous le porche de la villa permet d’accéder à des petits escaliers ombragés qui conduisent vers une troisième maison où logeaient les domestiques. Une collection de camélia en fleur en Février accompagne les mimosas

Photo F Arnal 2019
Floraison du mimosa et du camélia en Février.

En redescendant on découvre à l’ombre les restes d’un jardin japonais avec une très belle lampe en pierre. Le bassin est entouré par des orchidées naturalisées et par des fougères variées, des fatsia japonica.

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Orchidée en pleine terre

Le jardin d’agrumes : l’orangeraie

Photo F Arnal 2019
Les anciennes terrasses mises en évidence lors de la restauration sont plantées de jeunes pieds d’agrumes.

On rejoint enfin l’orangeraie en arrière de la serre chaude. Ces anciennes terrasses mises en évidence lors de la restauration sont visibles sur les anciennes photos aériennes (Johnston n’ayant pas laissé d’écrits, la restauration vise à respecter l’esprit de son œuvre en se fondant sur des témoignages et quelques photographies d’époque) proches d’une aire de retournement en cercle. Les pluies torrentielles avaient provoqué des grandes coulées de boue et enseveli le jardin mauresque, la terre fut déplacée et stockée en contrebas sur ces restanques.

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Des citronniers, orangers mélangés à des oliviers rappellent le passé agricole du lieu.

Globalement, ce jardin peut être qualifié de « libre jardin ». ici prédomine une impression de liberté que conforte encore l’absence d’itinéraire dominant.

Le visiteur muni d’un excellent petit prospectus avec plan suit son inspiration allant vers le haut puis redescendant vers son point de départ à travers les restanques et les escaliers. Les terrasses de culture, de hauteur et de largeur variables pour suivre les courbes de niveau, sont reliées les unes aux autres par des accès multiples, souvent sinueux, et participent à la transition avec la nature environnante. La végétation foisonne dans une ambiance de sous-bois. Le juste équilibre (comme les « justes jardins » de Gilles Clément ) a été trouvé en entretien nécessaire dans un jardin et liberté laissée à la nature et à l’équilibre naturel d’un climax recréé artificiellement.

Photo F Arnal 2019
Un jardin paysage : toute la subtilité de ce type de jardin est dans l’apparent caractère « naturel » de cette composition.

Soucieux d’éviter les compositions végétales trop tape-à-l’œil, Johnston intègre ses nouvelles plantations à la végétation indigène préexistante d’oliviers, de cyprès et de pins parasol. Il proscrit même le palmier pour ne pas dénaturer le paysage méditerranéen qui entoure Serre de la Madone.

« Parmi les aspects les plus séduisants des paysages méditerranéens, les jardins demeurent des oasis de charme et de beauté. Des espaces secrets d’où seuls émergent, au dessus des blanches terrasses, des toits de tuiles ou d’ardoise, les rideaux sombres des cyprès et le lourd moutonnement des frondaisons . En gradins, réguliers ou paysagers, exotiques ou mauresques, les jardins des villes et les jardins des champs se succèdent et forment un univers pittoresque et varié que l’on redécouvre aujourd’hui dans le Midi de la France ». Audurier Cros Alix. Jardins méditerranéens.

Vue aérienne actuelle (Source / Google maps) : les menaces de l’urbanisation sont palpables.

« Dans le Midi méditerranéen français, le jardin fait depuis toujours partie du terroir agricole et des aires de villégiature. Sur tout le pourtour de la Méditerranée, il est associé aux lieux d’habitat permanent; mais pour combien de temps encore ? En effet, les parcs et jardins sont menacés par l’urbanisation et leur conservation pose de multiples problèmes. Dépendants des ressources en eau et de la qualité du sol, fruit du travail minutieux des hommes, les jardins demeurent l’expression profonde de leur imaginaire et de leur goût pour l’intimité et la belle nature ».

Audurier Cros Alix. Jardins méditerranéens.

Informations pratiques

Serre de la Madone
74, route de Gorbio – 06500 Menton – France
Tél. : 33 (0)4 93 57 73 90
Fax : 33 (0)4 93 28 55 42
Mail : patricia.beguin@ville-menton.fr


Ouvert toute l’année, sauf novembre, 25 décembre et 1 janvier
Tous les jours, sauf les lundis,

Photo F Arnal 2019

Visites guidées en français tous les jours d’ouverture à 15h00

Visites commentées en français :

  • Visites guidées par les guides-conférenciers : tous les mardis, mercredis et vendredis, à 15h
  • Visites guidées par les jardiniers : jeudis, samedis et dimanches, à 15h (sauf en novembre)
  • Durée : 1h30 ou un peu plus (ce qui était mon cas).
  • Visite libre tous les jours ouvrables

Bibliographie

Ouvrages généraux :

  • Pigeat jean Paul, Jardins de la Méditerranée Plume/ Flammarion 2002144 p. Relié.
  • Jones Louisa, Serre de la Madone. Menton (Français) Relié – 22 juillet 2002 Ed. Actes Sud Collection conservatoire du littoral.
  • Jones Louisa, Clément gilles : Gilles Clément : une écologie humaniste. ED. Aubanel 2006
  • Jones Louisa : Manifeste pour les jardins méditerranéens. ED. Actes Sud 2012
  • Montelatici Gilles, Brizzi Franck, Un jardin amoureux Serre de la Madone Menton Paru le 2 juin 2018 Guide (broché). Editions Du Campanile
  • Frida Bottin, Jean-Claude Bottin, Serre de la Madone, enfant du major Lawrence Johnston. Un jardin qui était oublié, p. 36-43, Nice-Historique, année 1995, no 38
  • Paul Arnould (Auteur) Gauthier David (Auteur) Yves-François Le Lay Michel Salmeron Le juste jardin (ENS de Lyon) 21 juin 2012 Essai ENS Editions
  • Monnier Yves, Serre de la Madone, un nouvel exotisme, Menton, 2010
  • Emest J.P. BOURSIER-MOUGENOT et Michel RACINE. Jardins de la Côte d’Azur » Edisud – Arpej  Parution : 01/01/2000
  • Roger Alain, Court traité du paysage. Poche – 20 avril 2017
Photo F Arnal 2019
Parterre d’acanthes molles (acantus mollis)

Articles scientifiques :

Sitographie :

le paysage face au jardin

Photos Arnal François Février 2019 sauf photos historiques et images aeriennes.

Serre de la madone : visite d’un jardin méditerranéen remarquable. 2° partie

II. Lawrence JOHNSTON un citoyen britannique, passionné de jardins et de botanique.

Ce jardin situé en limite de la commune de Menton a été créé par son propriétaire Lawrence JOHNSTON à partir de 1924.

Photo F Arnal 2019
La vue de l’escalier central
  1. Lawrence JOHNSTON, un britannique passionné de jardinage.

Lawrence JOHNSTON est né à Paris en 1871 de parents américains fortunés.. Il vit aux Etats Unis entre 1880 et 1887 date à laquelle il s’installe en Angleterre. Il fera des études en histoire de l’art au Trinity College de Cambridge. Apprenti fermier dans le Northumberland il est naturalisé britannique en 1900. Il part ensuite en Afrique du sud lors de la guerre des Boers dans le régiment impérial et en revient avec le grade de lieutenant des hussards. En rentrant d’Afrique du sud en 1904 il rejoint la Royal Horticultural Society. Sa mère (Mrs Winthrop remariée), acquière une ancienne ferme dans les Costswolds en Angleterre qui deviendra Hidcote Manor. Il participe à la  première guerre mondiale puis prend sa retraite en 1922 pour se consacrer au jardinage.

Le jardin en 1935 (source DRAC PACA) Le parterre des platanes.

C’est en 1924 qu’il acquière les terres de Serre de la Madone.

Après le décès de sa mère en 1926, il effectue plusieurs voyages et expéditions botaniques en Afrique du Sud (1927/28), Afrique de l’Est (1929), Pyrénées, Alpes ou Inde 1931).

Le bassin de Vénus en 1935 (Source DRAC, PACA)

Passionné par le jardinage, Lawrence Johnston s’inspire de l’américaine Gertrude Jekyll et de Thomas H Mawson.

Photo F Arnal 2019

 Gertrude Jekyll (1843/1932) a été l’une des grandes jardinières de son temps et son influence sur l’art du jardinage reste importante. Pionnière dans l’art des jardins elle le définit comme un lieu d’expérimentation artistique.

 « The art and craft of garden making » (« L’art et l’artisanat du jardinage »), 1912 l’inspira. Ce livre a été écrit par Thomas Hayton Mawson (1861 – 1933), c’était un architecte paysagiste et urbaniste britannique. Ce volume constitue le guide définitif du jardinage et contient des informations et des conseils sur une vaste gamme de sujets.

Photo F Arnal 2019
Le parterre des platanes aujourd’hui

Le contenu comprend : « La pratique de la conception des jardins, le choix d’un site et son traitement, les entrées et les aires de transport, les portes et les clôtures pour le jardin et le parc, les routes, les avenues et les chemins de service, les terrasses et les jardins en terrasses, les jardins de fleurs, les lits et les frontières »… Thomas Hayton Mawson

Les jardins de Johnston ont la particularité de regrouper de nombreuses variétés de plantes, (exotiques principalement à Menton) qu’il a ramené de ses voyages. Ils sont composés de «chambres vertes » , tel un assemblage de petits jardins contrastés et de chemins et bassins qui se mêlent aux végétaux.

2) Les « chambres vertes » de Johnston.

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Un exotisme maîtrisé

Les « chambres vertes » de Johnston constituent autant de micro climats imbriqués, différenciés par l’exposition, l’ombrage, l’aménagement des terrasses ou des bassins, la réverbération des murs de pierre sèche et claire.

Quand arrive l’été, la sécheresse s’installe sur la colline. Afin de pouvoir arroser des plantes, Johnston a aménagé un réseau de bassins et de citernes pour garder les eaux des pluies et des ruissellements. Ce travail de génie civil passe inaperçu sous la végétation.

Le jardin en 1961 (Source IGN Remonter le Temps)

 Johnston crée à Serre de la Madone un jardin complexe et rarement symétrique. Il s’adapte au terrain et ne le force pas.

Un jardin et un paysage :

Photo F Arnal 2019
le haut du jardin en contact avec la forêt

Ses jardins évolutifs offrent à la vue différents aspects et couleurs selon les saisons et les perspectives ou les heures de la journée. On peut appréhender Serre de la Madone comme un jardin mais aussi comme un paysage. Il se situe ainsi dans la tradition du jardin anglais issu du XVII° siècle, époque à laquelle poètes et philosophes anglais réexaminent leur rapport entre l’art et l’imitation de la nature. L’esthétique est un retour à la nature sauvage et poétique. Les chemins redeviennent sinueux en opposition à la linéarité et à la symétrie du jardin à la française. On veut donner à la nature l’impression qu’elle s’est libérée de la main de l’homme et qu’elle se développe elle même dans le cadre que le paysagiste et le jardinier lui ont attribué.

Il cède Hidcote Manor au national Trust britannique en 1948 et s’installe définitivement à Serre de la Madone mais il est atteint de la maladie d’Alzheimer. Il meurt dans son jardin de Menton le 27 Avril 1958.

Extrait du plan de la brochure officielle

Un jardin méditerranéen remarquable sauvé grâce au conservatoire du Littoral :  

Un jardin qui se découvre :

Quand on arrive à Serre de la madone par la route depuis Menton en contrebas de la propriété on ne devine pas que les frondaisons cachent un jardin remarquable. Une petite aire de stationnement permet d’accéder sur le bas du jardin.

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Les premiers pas dans la jungle maîtrisée

Les terrasses structurent le terrain comme les chambres vertes du jardin anglais d’ Hidcote Manor, mais la géométrie rigoureuse et droite  du jardin britannique laisse ici la place  à des lignes souples ondulées inspirées des restanques méditerranéennes.

Ces dernières ne sont pas toujours parallèles, elles varient en hauteur  ou en largeur tout en épousant les courbes du terrain. Elles forment ainsi une transition entre l’architecture des bâtiments et des plans d’eau et la nature sauvage encore visible dans la partie haute.

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Fleurs rouge d’aloès

Un jardin créé sur d’anciennes terres agricoles :

L. Johnston, déjà créateur d’un jardin en Angleterre, Hidcote Manor (un des jardins les plus visités d’Angleterre), aménage progressivement sur d’anciens terrains horticoles un jardin personnel rassemblant une collection de végétaux remarquables et d’essences exotiques que le climat d’abri de Menton lui permettait d’acclimater.

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Des carnets de voyage de L Johnston furent retrouvés, ils permirent d’identifier des listes de végétaux relevés lors des différents voyages. Il mêle savamment les topiaires stricts et les parties sauvages sorte de jungle organisée. 6 jardiniers se chargent de l’entretien des 4000 variétés de végétaux issus de différents biomes compatibles avec le climat méditerranéen d’abri rencontré sur ce coteau en adret. Le jardin accueille actuellement environ 15000 visiteurs par an. En Février il n’y a pas grand monde et c’est la bonne période pour contempler (ou déguster) les agrumes.

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Clémentinier dans les jardin d’agrumes.

3 ) la restauration d’un jardin menacé :

Le Conservatoire du Littoral avait demandé en 1999 un projet de restauration à Gilles Clément.

Gilles Clément a travaillé avec le paysagiste Philippe Deliau de l’agence Alep Atelier lieux et paysages un plan de réhabilitation du site maintenant en fin d’exécution. Gilles Clément  avait alors donné quelques pistes. Le jardin devait conserver les données de toute son histoire, garder une part de nature et une part de travail du jardinier conforme à ses principes appliqués au Rayol (« Faire le plus possible avec la nature et le moins possible contre »).

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Une certaine parenté avec le jardin du Rayol

Gilles Clément participe avec Philippe Deliau à la restauration du jardin. Ses commentaires commencent  sur un ton positif : «Art, jardin, paysage : qui s’opposerait à l’usage apaisant de mots heureux ? En principe leur combinaison ne pose pas de question. Chacun des termes contient les autres. On parle d’art des jardins, le paysage fait art, subi l’assaut de nos regards vacanciers les classificateurs : certains disent  « artialisé » (Alain Roger) .

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Les Fatsia Japonica dans la partie basse et ombragée.

Gilles Clément dit à propos de Serre de la Madone : « non seulement le projet vient d’un signataire unique –d’emblée le risque de collection dispersée se trouve évité– mais aussi il s’organise à partir d’un regard sur le site où l’on mesure ensemble deux dimensions inhabituelles dans le monde de l’art souvent centré sur l’objet : la mesure de l’espace, la valorisation du vivant ».

La maîtrise de l’eau :

Les deux paysagistes suggérèrent de remettre en état les prises d’eau en amont du jardin dans la partie boisée et sauvage. Ces captages datant de Johnston renvoient l’eau dans une réserve d’eau enterrée. Elle n’était plus exploitée et l’on utilisait l’eau de la ville pour les arrosages.  

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Le bassin du jardin de la serre froide

Un mécénat avec Véolia fut mis en place en 2005. L’AJSM a sollicité l’aide de la Fondation Veolia Environnement pour la remise en état de l’ancien système hydraulique et du système d’arrosage. Une subvention de 65 000 € a été octroyée pour la rénovation de l’installation qui canalise l’eau de source et pour la récupération de l’eau de pluie, afin de rétablir l’alimentation en eau indépendante du jardin. Parallèlement, Olivier Gendre, porteur du projet, et d’autres collaborateurs de l’agence Riviera de la Générale des Eaux ont apporté leur expertise à l’association à titre bénévole.

L’idée n’était pas de restaurer ce jardin avec fidélité mais avec respect.

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Les terrasses ont été remises en état par le jardinier Benoit Bourdeau, ancien conservateur de  Serre, responsable du site de 1998 à 2004 après un passage par le Jardin du Rayol (1996/1998). il a aujourd’hui quitté serre de la Madone pour devenir indépendant et créateur de jardins.

En 2000, un Jumelage avec l’Hidcote, propriété du National Trust (équivalent du Conservatoire du littoral) depuis 1948, est effectué. C’est une 1ère européenne entre 2 jardins !

Le juste équilibre :

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Les cycas débordent sur le chemin à travers les restanques, ils ont été conservés.

Le jardinier (Stéphane Constantin) de Serre de la Madone doit trouver le juste équilibre entre un jardin entretenu pour accueillir le visiteur et assurer la survie des multiples plantes et laisser libre la nature méditerranéenne.

A suivre pour la 3° et dernière partie…

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Ahah…

Serre de la madone : visite d’un jardin méditerranéen remarquable.

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« La côte d’azur dans les années vingt : un monde de faste et de fantaisie qui nous légua certains des plus grands jardins d’Europe. Le plus beau, peut-être, reste Serre de la madone, création du major Lawrence Johnston, auteur également de Hidcote, le jardin le plus visité d’Angleterre. Johnston, collectionneur de plantes exotiques, passa ses hivers à cultiver les terrasses protégées de son domaine, à l’ouest de menton. Il en a fait un jardin qui s’impose, encore aujourd’hui, comme modèle aux paysagistes d’avant-garde ». Serre de La Madone . Louisa Jones, Ninon Anger 2002

A quelques kilomètres du littoral sur la Riviera de Menton se cache  un jardin remarquable, le jardin de Serre de la Madone. Propriété du conservatoire du Littoral, il est l’héritage des jardins anglais caractéristiques par leur exotisme et leur exubérance.

J’ai visité celui ci en Février 2019 alors que le jardin était quasiment vide et que les agrumes étaient à maturité.

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Le plan d’ensemble à l’entrée

En quoi ce jardin anglais créé par Lawrence Johnston est-il emblématique des jardins méditerranéens de la Côte d’azur ? Pourquoi est il original et comment a t il été sauvé des appétits des promoteurs immobiliers à la fin du siècle dernier ?

I. Un jardin menacé et sauvegardé. : l’histoire d’un lieu et d’un homme :

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L’entrée du jardin

 Serre de la Madone et le Major Lawrence Johnston

Il y a une trentaine d’années l’avenir de ce jardin était bien compromis. Ce lieu exceptionnel situé à la sortie de Menton sur la route de Gorbio fut créé dans le début des années 1920 par Lawrence Johnston, le créateur du célèbre parc anglais Hidcote Manor.

1) Les collines de Menton sont sculptées par des terrasses de cultures dominées par les agrumes :

Le jardin en 1929 (Source IGN)

Dans les années 20 les collines de Menton sont sculptées par des terrasses de cultures : les restanques. Sur ces étroits paliers poussaient en alternance blé, vigne, olivier (la trilogie classique méditerranéenne) qui ici est plutôt orientée vers l’agrumiculture avec le célèbre citron de Menton qui bénéficie d’une appellation. L’agrumiculture Mentonnaise a commencé lentement son développement à la moitié du 15ème siècle.

Menton, la ville où le citronnier pousse en pleine terre.

Auparavant la vie Mentonnaise essentiellement agricole est du type médiéval : céréales, vignes et figuiers composent le paysage. Le véritable essor de l’agrumiculture apparaît réellement au XVII° s avec les textes règlementant la culture du citron. Les Princes de Monaco promulguent plusieurs textes fondamentaux. L’âge d’or du Citron dura environ un siècle entre 1740 et 1840. Le commerce est très florissant et essentiellement axé sur l’exportation.

Pratiquée le plus souvent dans des jardins de petite superficie, les rendements à l’hectare sont de l’ordre de 30.000 citrons avec des pointes à 35.000. Des orangers et bigaradiers (orange amère) sont également cultivés mais le citron est majoritaire sur les terres abritées des rigueurs de l’hiver. La culture des citrons représente l’activité économique dominante du pays et constitue l’une des principales préoccupations des Mentonnais.

Le Citron de Menton : une IGP reconnue en 2015.

 Le fruit d’or est devenu, pour le territoire des 5 communes de l’IGP, un élément incontournable de son patrimoine, et pour son développement économique et touristique.

 Trois variétés de citronnier sont cultivées sur Menton.

Il s’agit des « Bignettes » qui produisent des fruits à peau lisse et fine, très juteux.

Ensuite les « Sériesqués » à peau épaisse et lisse et qui contiennent moins de jus que les Bignettes.

Enfin les « Bullotins » peu courant à Menton. Les fruits sont plus gros, leur peau est très épaisse et raboteuse » et ont peu de jus.

Source : https://www.menton.fr/Citron-de-Menton.html

Le « Citron de Menton »

 Le « Citron de Menton » obtient l’Indication Géographique Protégée La Commission européenne a enregistré la dénomination « Citron de Menton » en Indication géographique protégée (IGP), par règlement paru au Journal Officiel de l’Union européenne le 2 octobre 2015. Cette reconnaissance vient reconnaître la qualité du produit liée à son origine géographique. Le « Citron de Menton » est cultivé au coeur du département des Alpes-Maritimes, sur les communes de Castellar, Gorbio, Roquebrune-Cap-Martin, Sainte-Agnès et Menton. Depuis l’apparition du citron dans l’agrumiculture locale dès 1341, à son essor aux XVII et XVIIIèmes siècles grâce à l’apparition des premiers textes législatifs réglementant le commerce du citron, le lien entre cet agrume et Menton n’a pas faibli au fil des siècles. Le produit est cultivé sur des restanques situées entre mer et montagne, sur des sols caractéristiques appelés « grès de Menton ». La douceur du climat sous influence maritime et l’apparition de brumes lors de la saison chaude, limitent l’accumulation en sucres et favorisent le goût acidulé mais sans amertume du fruit 

L’agrumiculture locale atteignit son apogée dans les années 1820 – 1840. L’âge d’or du Citron Mentonnais dura environ un siècle. C’est au final la Grande Guerre et le terrible gel de 1956 qui auront raison de cette fabuleuse aventure. La fin du XXe siècle sonne la désertification des terrains et cet abandon coûtera cher lors d’intempéries et de feux de forêt.

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les citrons de Serre de la Madone

La fête du citron a permis de maintenir la renommée de l’agrume au-delà des frontières de Menton. C’est en 1928, dans l’hôtel Riviera Palace que la Fête du Citron de Menton voit le jour. C’est d’abord une exposition dans les jardins du palace destinée aux clients fortunés. Devant le succès rencontré, l’initiative privée devient une grande fête populaire qui ne cessera de prospérer. Mais cette année, il a fallu importer 140 tonnes de fruits d’Espagne. Une partie sert à remplacer les fruits abîmés. La production mentonnaise est trop réduite et trop chère pour servir à décorer les chars.

2)  Le développement touristique de la Riviera française et le déclin de l’agriculture.

‘Du XVIIIe à la crise de 1929 s’épanouit la plus grande migration d’oisiveté de tous les temps, celle qui conduisait « dans le Midi », comme on disait alors, un nombre croissant de rentiers. Le Midi, ce n’était pas une région, mais un thème, un attrait dont bénéficiaient des stations, rivales entre elles. Chacune vantait la supériorité de son climat, et de sa végétation, l’élégance de sa clientèle. Fin XIXe, Menton était incontestablement une des plus cotées.A cet Eden, les Britanniques, souvent les plus anciens, et toujours les plus nombreux, donnaient le nom de Riviera. Fin XIXe, le poète bourguignon Stephen Liegard proposa Côte d’Azur. Alors Menton a acquis la renommée d’être « la plus parfaite des villes d’hiver ». Le comte Moszynski (qui passe à Marseille l’hiver 1784-85) fait ce constat : « Les Anglais ont l’habitude de fuir leur pays dès l’automne comme les hirondelles pour y revenir au printemps ».

250 ANS DE PRÉSENCE BRITANNIQUE SUR LA RIVIERA

Dès 1880, Menton profite du développement touristique de la Riviera française. Le médecin anglais Henry Bennett lui forge une belle réputation. Elle devient une station climatique appréciée des touristes anglais et de l’aristocratie russe. Palaces et villas de luxe fleurissent. C’est au géographe Elisée Reclus que Menton doit son appellation de  » Perle de la France « .

« Le terme de Riviera a été préféré à celui de Côte d’Azur (créé seulement en 1888 par Stephen Liégeard) dans la mesure où ce terme d’origine italienne, évoquant les régions littorales du Golfe de Gênes (la rivière de Gênes) convient davantage pour évoquer ces cités littorales de la région, devenues dès le XVIIIe siècle, des centres de villégiature. Pour ce qui concerne le propos de notre colloque, on n’hésitera pas à employer l’expression « French Riviera », couramment employée par les Anglais au XIXe siècle pour baptiser ce qui deviendra à la fin du siècle la Côte d’Azur ».
250 ANS DE PRÉSENCE BRITANNIQUE SUR LA RIVIERA

Le climat de Menton : un climat subtropical à hiver doux

L J choisit Menton pour son climat subtropical à hiver doux et été chaud mais également pour des raisons sentimentales et familiales, sa mère étant soignée à Mer et Monts, une pension voisine.

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Le climat de la riviera méditerranéenne outre ses hivers doux est marqué par des intersaisons arrosées. La proximité de la mer au sud et la présence au Nord de reliefs marqués génère des brises thermiques qui rafraîchissent et tempèrent les ardeurs de l’été ou de l’hiver. Ces reliefs (terminaison des Alpes maritimes), en arrêtant les dépressions qui viennent du golfe de Gênes permettent une pluviosité assez importante.Cet emplacement est classé comme Csa par Köppen et Geiger. La température moyenne annuelle à Menton est de 15.5 °C. La moyenne des précipitations annuelles atteint 803 mm. 

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le jardin aride

3) La spéculation foncière et la périurbanisation ont failli faire disparaître ce jardin remarquable :

Cette spéculation et cette artificialisation des sols se poursuit au XXI°s avec l’avancée du front urbain aux portes de cet écrin protégé. Désormais les perspectives du jardin donnent sur des villas accrochées à la colline ou des tours.

Comparaison des photos aériennes entre 1950 et aujourd’hui (Source IGN, Remonter le temps).

Ce jardin a failli tomber entre les mains d’un promoteur immobilier.

 Sur ce terrain dominant la mer une tour d’habitat collectif avait déjà commencé à dégrader ce site remarquable. Il fallait faire vite pour obtenir le classement des restanques (les terrasses en pierre) et la protection des deux maisons qui sont restées. Une fois le classement obtenu au titre des monuments historiques (1990), la ville de Menton ne se porta pas candidate car elle avait déjà à gérer plusieurs grandes propriétés et il était par ailleurs difficile de trouver un mécène.

Photo F Arnal 2019
Les restanques restaurées dans le jardin aride.

Ce fut finalement le Conservatoire du Littoral et des Rivages Lacustres qui en devint le propriétaire (1999) comme pour le jardin du Rayol. Cette acquisition se fit grâce au concours de la ville de Menton, du conseil général des Alpes Maritimes et de la fondation Electricité de France. En 1999, le Conservatoire du Littoral devenu propriétaire en confie la gestion à la mairie de Menton (2005), qui la délègue à l’Association pour la sauvegarde et la mise en valeur du jardin Serre de la Madone.

Un état d’abandon

Photo F Arnal 2019
Une des restanques du jardin aride.

En 1999, le jardin était dans un état d’abandon avancé qui risquait de compromettre  définitivement cet héritage botanique et horticole. Les premières années les jardiniers travaillèrent à la main avec précaution, comme des archéologues du paysage afin de retrouver et de sauvegarder tout qui avait été planté et qui dépérissait ou était déjà mort.

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L’orangeraie replantée

Ce jardin fut établi sur d’anciennes terrasses de cultures (restanques). Le paysagiste anglais n’a pas cherché à lutter contre la pente il conserva sur le haut la végétation d’origine (une forêt méditerranéenne de chênes verts principalement qui sur les photos d’archives était nettement plus clairsemée qu’aujourd’hui. Dans la partie basse du terrain, des escaliers et des terrasses furent aménagés assurant la liaison entre les différents niveaux, ouvrant ou refermant des perspectives.

Pour donner un peu d’originalité et de forme au jardin des sculptures antiques ou  des urnes furent disposées au bout des terrasses ou des bassins. Les anciennes fermes ou dépendances furent rénovées, embellies en particulier par un jardin d’inspiration mauresque. Dans la partie centrale un jardin d’eau et une orangerie furent aménagés.

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Le buste de César Auguste.

A suivre…

Un nouveau domicile pour le blog Ahah, le Jardin de Marandon.

Ce blog était publié sur le site du Monde jusqu’en Mai 2019, il vient de déménager sur WordPress pour poursuivre son aventure à travers le Jardin de Marandon et les autres jardins ou les paysages du monde au gré des visites et des inspirations.

il a été créé le le . A l’époque Facebook et Instagram n’existaient pas.

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Bouquet de Juin 2

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La canicule s’installe, la sécheresse annoncée est bien là.

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Les roses souffrent et les variétés modernes tirent leur épingle du jeu car elle résistent à la chaleur et se tiennent bien. Le seringat s’est invité dans ce bouquet ajoutant son parfum capiteux à l’ensemble.

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On m’a rapporté des tiges de roses d’un jardin, elles sont préparées pour le bouturage, restera à les identifier ce qui n’est pas chose facile.

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Echinopsis

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Echinopsis Zucc., Cactaceae. Engl.: easter lily cactus, sea urchin cactus. Suom.: pallokaktus.

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Je sais, un peu de soleil dans la grisaille de Paris et de Londres vous mettra du baume au coeur en ces temps troublés.

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Quand les sociétés vous déçoivent vous pouvez toujours vous tourner vers la nature.

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La question était de savoir s’il s’agissait d’une fleur nocturne ou diurne, la réponse m’attendait ce matin sous la bruine de ce mois de juillet à 10 ° C.

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La couleur est magnifique pas trop agressive, un ton pastel merveilleux, des gouttes de pluie fine la mettent en valeur et contrastent avec l’image aride que l’on a des cactées.

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Cette feur rappelle les epiphyllums ou le celenicereus grandiflorus, la durée de vie est inconnue je vous tiens au courant.
Si vous prenez ce blog en route remontez de quelques notes et vous verrez la fleur mystérieuse en formation, si vous êtes encore plus curieux cliquez sur les commentaires vous verrez que nos concurrents ont eu du mal à trouver ce petit jeu de devinette nature.

Je n’ai pas touvé les ahah.

Par manque de temps, je n’ai pas trouvé les ahah (ou les haha) de Versailles.
Et pourtant il est dit que dans la partie plus contemporaine (XVIII° siècle) les fossés empêchant les troupeaux de pénétrer dans le parc existent.
Je ne peux que vous proposer une pâle copie du ahah : un vulgaire fossé.

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Cependant au Trianon, le pavillon est bordé d’un dispositif comparable : le saut de loup

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il s’agit d’un fossé séparant la cour principale et le reste du parc.
Pour d’autres le saut-de-loup est un balcon placé dans un jardin en surplomb d’un ravin ou encore une échappée visuelle permettant une vue sur le paysage, à travers une haie ou une clôture.

Ha-ha :

saut de loup , fossé à l’extrémité d’une allée d’un jardin pour en défendre l’entrée sans gêner la vue.

Source. thierry.jouet.free.fr

Un haha est défini par Michel Conan dans le Dictionnaire historique de l’art des jardins (ED. Hazan Boston 1997) comme une ouverture dans un mur ouvrant une perspective, mais non un passage.

Pour ceux qui auraient loupé la première note de ce blog : cliquer

Nains de jardin 8

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Petit bolide deviendra grand.
A moins que le gel, la pluie et toutes les intempéries n’en viennent à bout.
Les craquelures de la peinture portent la marque des saisons écoulées et de nombreuses journées passées à jouer.
PS : l’Alchemilla Mollis attend avec impatience le printemps pour déployer ses nouvelles feuilles glauques.