Un jardin récent à Paris

Un mélange de brique et de pierre au sol pour assurer la transition vers le perron. Photo F Arnal 2025
La Bibliothèque Nationale de France occupe deux sites dans Paris. Celui de la rue richelieu au nord du Musée du Louvre et du Jardin du Palais Royal est le plus ancien, occupé depuis le XVII° siècle, et le site François Mitterrand à l’Est de la capitale. Depuis une quinzaine d’années des travaux de restauration et de transformation sont réalisés sur le Site Richelieu afin de faire cohabiter quelques départements de la BNF, l’École des Chartes et l’Institut National d’histoire de l’art.
En 2023 a été inauguré la jardin de la rue Vivienne qui constitue une des deux entrées publiques de la BNF.

Le jardin en été ( Juillet 2025) Photo F Arnal
En 2025, ce jardin conçu par l’agence de paysagisme « Tout se transforme » sur une idée générale de Gilles Clément artiste jardinier, a atteint sa maturité. Je l’ai visité en juillet et ce fut un coup de cœur pour cet ilot de fraîcheur dans ce quartier très minéralisé.
Hortus papyrifer – le jardin papyrifère
Hortus papyrifer – le jardin papyrifère –, est un jardin-œuvre d’art. C’est un nouveau jardin sur le site Richelieu, un espace vert de 1 900 m². Il est conçu par l’architecte du patrimoine Mirabelle Croizier et le paysagiste Antoine Quenardel, avec l’artiste, jardinier et écrivain Gilles Clément. Les espèces choisies pour le peupler sont des plantes qui interviennent dans l’élaboration de supports d’écriture.

Le jardin en été ( Juillet 2025) Calamagrostis Karl Foester . Photo F Arnal
les origines du jardin :
Un jardin primitif existait du temps de Mazarin, il occupait l’emplacement actuel à côté du Palais Mazarin. C’était un jardin classique « à la française » en 4 quartiers avec des parterres de buis en broderie.

Plan de la bibliothèque du roi à la fin du XVII° s. Dans Léon Laborde, le Palais Mazarin et les grandes habitations de ville et de campagne au XVII° s, Paris A. Franck ; 1846. BNF
Au milieu du XVIII° siècle, ce jardin a disparu et le bâtiment accueille la bibliothèque Royale, la Bourse et la Compagnie des Indes. Un jardin nommé Préau de la Bourse le remplace composé d’un mail d’arbres réguliers (un quinconce : couvert arboré destiné à la promenade constitué de plusieurs arbres d’ornement de haute tige plantés régulièrement).

Jean François blondel, Plan du rez-de-chaussée de la Bibliothèque Royale, de la bourse et de la Compagnie des Indes. 1754 BNF
Le Jardin Labrouste :
Le couvert arboré sera remplacé au XIXe siècle par un nouveau jardin conçu par l’architecte Henri Labrouste à partir de 1850 alors que la Bibliothèque est totalement repensée. Ce jardin occupe l’emplacement actuel le long de la rue Vivienne. L’espace est structuré par un plan en croix avec au centre une fontaine surplombant un bassin central circulaire. Des ornements classiques sont disposés régulièrement (vases Médicis, Pots à feu en pierre et grille en ferronnerie le long de la rue).

Henri Labrouste, bibliothèque Impériale. Plan général du rez-de-chaussée. 1868 BNF

Le Palais Mazarin en 1857. (BNF)
Les parterres de gazon agrémentés de fleurs et de rosiers seront complétés par des plantations d’arbres d’ornement (Marronniers d’Inde). Les façades de brique et de pierre sont bien visibles et seront progressivement masquées par la croissance des arbres. Ce jardin va peu à peu être délaissé et sera remplacé par une cour gravillonnée, la fontaine ne sera plus en eau et accueillera des fleurs. Les marronniers à force de taille sévère destructrice sont malades. Lorsque le projet de réhabilitation de la BNF voit le jour avec l’atelier architectural Gaudin, l’idée d’un jardin traversant ouvert au public est maintenue. Ce lieu devait être calme et verdoyant faisant dialoguer les façades néo-classiques et proposant un échange entre le passé hérité et le futur.

Un nouveau jardin pour la BNF Richelieu

Les anémones du Japon. Photo F Arnal 2025
En 2019, un concours est lancé afin de redonner vie et sens à ce jardin.
Le jardin a été commandé au titre du 1 % artistique en 2019 à l’agence Tout se transforme (architecte & paysagiste) et Gilles Clément (artiste-jardinier).
Ce jardin s’inscrit dans la continuité architecturale formulée et mise en œuvre par l’agence Bruno Gaudin Architectes. Son ambition est d’ouvrir la Bibliothèque sur l’extérieur, en révélant la relation entre le « dedans » et le « dehors » de l’institution multiséculaire.

Alstromères et bananier du Japon (Musa basjoo). Photo F Arnal 2025
L’idée fondatrice est de faire le lien avec le papier, invention prodigieuse et universelle qui sert de support à l’écriture et au livre. Ce jardin se nommera « Hortus papyrifer (le jardin de papier). Les essences sélectionnées pour la strate arbustive ou herbacée seront en lien avec la fabrication du papier. Les noms latins comportent d’ailleurs souvent le terme « papyrifera ». « Liber », partie vivante de l’écorce sur laquelle on écrivait, a donné le mot livre.
Les essences sélectionnées :


Les colonnes de lumière en métal diffusent la nuit une lumière tamisée et reprennent la la calligraphie des briques au sol. Conception lumière, Agence ON. Photo F Arnal 2025

Les principales essences :
Broussonetia papyrifera (Mûrier à papier), Fargesia papyrifera (Bambou cespiteux non traçant), Tetrapanax papyrifera (Aralie à papier de Chine), Edgeworthia papyrifera (Buisson à papier), Betula papyrifera (Bouleau à papier), Cyperus papyrus (Papyrus)… une sélection de plantes papyrifères qui sont connues pour intervenir dans l’élaboration de supports d’écriture et d’impression côtoient végétaux (Palmier de Chine, Bananier du Japon…), eux-mêmes supports d’écriture et d’impression et petits arbres à écorce de papier (Prunus serrula, Cerisier du Tibet, Pinus bungeana, Pin Napoléon).) afin de constituer une palette végétale très symbolique. Lorsque la palette végétale est incompatible avec le climat parisien, leurs équivalents adaptés au climat tempéré sont utilisés comme le palmier chanvre (Trachycarpus fortunei) ou le bananier du Japon (Musa basjoo).

Exubérance végétale au pied des palmiers. Photo F Arnal 2025
Afin de donner une cohérence paysagère aux massifs des poacées sont sélectionnées (Stipa Tenuissima et Calamagrostis Karl Foester) ainsi que des variétés de papyrus résistantes au gel. Des gauras ou des érigerons viennent compléter l’ensemble.

L’ilot central n’a pas pu être remis en fontaine comme dans le jardin initial. Photo F Arnal 2025
Le jardin de papier
« Une bibliothèque, quelle que soit son origine, est un assemblage de mémoires fixées sur des supports dont le papier constitue peut-être l’invention la plus prodigieuse et universelle. Il est le résultat d’un savant procédé au cours duquel les tissus des arbres et des herbes, leurs fibres, sont transformés en une pâte à fabriquer des pages dont l’assemblage peut devenir un livre. Liber, partie vivante de l’écorce, sur laquelle on écrivait autrefois, a donné le mot livre. Si dans les rayonnages de ses magasins, à l’intérieur de ses murs, la Bibliothèque nationale de France renferme un jardin de papier insoupçonné, Hortus papyrifer met en scène un florilège végétal de possibles livres ». M Croizier et A Quenardel

L’ilot central avec l’ancienne fontaine réaménagée. Photo F Arnal (2025)
« Ce jardin s’inscrit dans la continuité architecturale formulée et mise en œuvre par l’agence Bruno Gaudin Architectes. Son ambition est d’ouvrir la Bibliothèque sur l’extérieur, en révélant la relation entre le « dedans » et le « dehors » de l’institution multiséculaire. Il s’agissait également de retrouver des continuités écologiques dans le quartier ».
Source https://www.bnf.fr/fr/le-jardin-vivienne
Le jardin lui-même est considéré comme l’œuvre d’art

Des chambres de lecture sur les bancs de pierre au coeur de la végétation. Photo F Arnal (2025)
« Le jardin est une forme artistique et culturelle à part entière. Et pourtant il est conçu avec la nature, sa matière première. C’est son paradoxe » .
Source : Mirabelle Croizier, in Inventer le Jardin de l’antiquité à nos jours. Gilles Clément, Monique Mosser Mirabelle Croizier et Antoine Quenardel Seuil BNF2024

Au lieu de proposer une œuvre d’art dans le cadre du 1 % artistique (du coût prévisionnel des travaux sur les édifices publics) l’équipe conduite par Gilles Clément a imaginé que le jardin lui-même serait l’œuvre d’art. La spécificité du projet de A Quenardel et Mirabelle Croizier a consisté à s’inspirer du tracé existant datant de Labrouste tout en le réinterprétant et en tenant compte des usages attendus de ce jardin (entrée avec poste de sécurité, lieux de repos, de lecture (salles vertes) sur les bancs, et lieu de déambulation sous la fraîcheur des arbres. Le travail du sol a consisté à utiliser la brique et le pierre en rappel des façades.
La brique est poreuse et laisse pousser dans les interstices des herbes rases. Les allées principales sont plus larges et les secondaires plus sinueuses et plus étroites. Le terrain a été modèle afin d’accentuer l’effet de foisonnement. . Jean François Salle a restauré les sculptures et les vases, l’agence ON a travaillé les éclairages et la conception de mats métalliques ajourés tailles différentes et un motif ajouré rappelant le dispositif au sol.

Les briques de la façade de la galerie sont reprises au sol. Photo F Arnal (2025)
Les bancs sont en pierre d’Euville et les briques ont été sélectionnées dans la briqueterie De Wulf à Beauvais. L’aspect irrégulier et polychrome était recherché. Les règles d’urbanisme exigeaient la porosité du sol.

Betula papyrifera (Bouleau à papier) Photo F Arnal 2025

Les bornes en pierre disparaissent sous les graminées (Penisetum). Photo F Arnal 2025
Des grands pots carrés en terre cuite ont été confectionnés sur mesure à Vienne accueillant des Hydrangea papyrifera. Une mise à distance des visiteurs s’effectue par un discret cordage monté sur des piquets métalliques. Des bornes en pierre avec une plaque de laiton gravé renseignent le nom des espèces.

Un équilibre assez réussi entre l’élégance classique des bâtiments et l’exubérance d’un jardin somme toute assez récent. Photo F Arnal 2025
Le chantier
Chantier emblématique du patrimoine français, les travaux de la Bibliothèque nationale de France auront duré 12 ans. La livraison du jardin réalisé par MUGO marque la fin de la réhabilitation du site Richelieu, berceau historique de la Bibliothèque nationale de France et site majeur du Ministère de la Culture. Il a été réalisé en moins de 6 mois par le Groupe MUGO faisant intervenir 40 compagnons (jardiniers, maçons…).

Afin de respecter les périodes de plantation (entre novembre et avril) et s’adapter aux impératifs d’ouverture au public du site en septembre 2022, le jardin a été conçu pour être livré en deux temps. La première étape, de décembre 2021 à septembre 2022, a consisté à créer les allées et l’éclairage, planter les arbres et refaire l’étanchéité du bassin. Cette étape a aussi inclus un travail inspiré par l’agroécologie : une prairie provisoire incluant des engrais verts à été semée, pour contribuer à fertiliser le sol et permettre à la vie de s’y rétablir.

Façade de l’entrée Vivienne. Photo F Arnal 2025
La seconde étape a eu lieu à l’automne 2022, pour respecter la saisonnalité des plantations. Ont alors été introduits les plantes et arbustes définitifs, y compris les essences aquatiques placées dans le bassin remis en eau.

Penisetum, euphorbe characias, hydrangea, rosier, Palmier de Chine et aralia à papier de Chine (Tetrapanax papyrifera). photo F Arnal 2025
Les sols qui étaient engazonnés (donc en terre) dans le jardin Vivienne sont recouverts d’une couche de graviers depuis la fin des années 1970, transformant le jardin en cour minérale. Cette terre, malmenée depuis longtemps, était inerte. La majeure partie de la biodiversité contenue dans la terre (les célèbres vers de terres mais aussi tous les micro-organismes invisibles à l’œil nu, etc.) qui fait qu’un sol est vivant avait disparu en raison des conditions d’occupation du site depuis plusieurs années.

Photo F Arnal 2025
Sources :
Site Internet de la BNF : https://www.bnf.fr/fr/le-jardin-vivienne
Captation vidéo de la Conférence de présentation du jardin à la BNF (2023) Mirabelle Croizier et Antoine Quenardel.
Inventer le Jardin de l’antiquité à nos jours. Gilles Clément, Monique Mosser Mirabelle Croizier et Antoine Quenardel Seuil BNF2024




















































































